Lutte contre le tabagisme : l’ACA s’engage?

Credit photo: Journal du Cameroun

Dans les snack bar et boîtes de nuit de la capitale politique du Cameroun, les soirées entre jeunes sont le plus souvent agrémentées par l’effusion de fumée toxiques provenant à la fois des cigarettes abondamment consommées mais aussi et surtout, de la chicha. Également appelée narguilé, pipe à eau ou hookah, la chicha est aujourd’hui en pleine expansion au Cameroun. 46% des jeunes de 15 à 20 ans l’ont déjà expérimenté dans ce pays selon le ministère de la Santé publique. Pour la plupart, c’est un phénomène de mode ; ces jeunes semblent bien en ignorer les conséquences.  En effet, la chicha est composée de 28% de tabac et 70% de mélasse (sirop contenant du sucre, des arômes tels que la fraise, la pomme ou la noix de coco), qui lui donne un goût acidulé, qui berne les fumeurs. Selon l’OMS, près de 100 millions de personnes sont concernées par cette drogue dans le monde principalement les jeunes de 15 à 20 ans, séduits par la nouveauté et le goût aromatisé de ce tabac. Le fumeur de pipe à eau et la personne exposée à cette fumée encourent les mêmes dangers que le fumeur de cigarette.

Pour une séance de Chicha de 45 minutes, on consomme la nicotine équivalente à celle d’une cigarette et demie, le monoxyde de carbone de 20 cigarettes, le goudron de 26 cigarettes et un volume de fumée de 40 cigarettes. Au vue de la forte progression du phénomène et de la dangerosité qu’il représente, le ministère de la Santé a, depuis février dernier, décidé d’interdire l’importation, la vente, la promotion et la consommation publique de la chicha faire interdire sa consommation dans les espaces publics. Des mesures certes encourageantes, mais qui peinent à freiner le phénomène de plus en plus observé dans l’espace public au Cameroun.

La lutte contre la consommation de la chicha doit en effet être mise dans le sas du grand combat contre le tabagisme qui fait plus de 8 millions de morts chaque année, selon l’OMS.

Soutenu par des donateurs individuels, des acteurs du développement et des fondations, le centre africain de plaidoyer (ACA) mène depuis plusieurs années des campagnes de sensibilisation de la jeunesse contre les effets négatifs de la consommation du Tabac qui, est aujourd’hui la première cause de décès au monde. De concert avec le réseau africain de lutte antitabac, l’ACA intensifie les campagnes en lignes et le lobbying auprès des décideurs pour tordre le cou à l’industrie du Tabac. Elle milite notamment pour l’interdiction de la publicité en faveur du tabac, les mises en garde imagées ou illustrées de grande dimension, notamment sur conditionnement neutre, qui contiennent des messages choc peuvent convaincre les fumeurs de protéger la santé des non-fumeurs.

De même, l’organisation préconise une augmentation des taxes sur le tabac, ce qui pourrait réduire la consommation de tabac et les dépenses de santé, notamment chez les jeunes et les personnes à faible revenu, tout en augmentant les recettes fiscales dans de nombreux pays. La majoration des taxes doit être suffisamment importante pour que le prix du tabac augmente plus que les revenus. Selon l’OMS la hausse des prix de 10 % fait reculer la consommation d’environ 4 % dans les pays à revenu élevé, et d’environ 5 % dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.