Campagne de lutte contre la privatisation de l’eau en Afrique : un modèle qui inspire des Sénégalais.

Les expériences peu fructueuses de privatisation de l’eau à Ndoulo, Sibassor, Pekess, Mboro, Dakar… ont poussé des activistes et autres membres de la société civile à mettre sur pied une sorte de réseau de la justice pour l’eau. Une assemblée générale se tiendra ce mercredi après-midi au CICES où se déroule justement le Forum alternatif mondial de l’eau (FAME 2022). Un évènement qui semble ramer à contre-courant des idéaux du 9e Forum mondial de l’Eau qui a lieu à Diamniadio sur la même période, du 21 au 26 mars.

Cette initiative est inspirée de la campagne “Lessons from our water our riche Africa campaign” de Corporate Accountability and Participation Africa (CAPPA), organisme né à Lagos, au Nigéria, en 2014 et qui continue de mettre la pression sur le gouvernement contre une privatisation de l’eau.

Tout a commencé selon son directeur de programmes, Philip Jakpor, par des rencontres avec les travailleurs de la société nigériane qui gère l’eau puis les communautés qui n’en ont pas accès. “Pour savoir ce qui se passe à la base, on a inclut des femmes au début de la campagne. On ne peut nier leurs droits et leur pouvoir. Le gouvernement a eu peur parce qu’on est uni”, a-t-il raconté lors d’un panel tenu en marge dudit Forum.

L’environnementaliste kenyane lui emboîte le pas. Pour Lynn Mbathia, l’enjeu est de renforcer les capacités des femmes. “Au Kenya, on leur a fait comprendre d’abord que le savoir est le pouvoir et que l’accès à l’eau est un droit comme le stipule notre Constitution. À savoir disposer de l’eau potable en quantité et à des standards raisonnables. Ceci fait, on a eu un plaidoyer fort de la part des communautés, l’approche du bas vers le haut. L’eau est une ressource qui génère beaucoup de conflits. Il faut donc les préparer. À Nairobi, l’eau vient des montagnes via le tunnel du Nord qui alimente cette ville de plus en plus croissante. Mais on s’est rendu compte que les habitants du Nord étaient privés d’eau. C’est paradoxal ! Il fallait nous assurer une collaboration entre communautés pour amplifier le plaidoyer afin de lutter pour ce droit à l’eau potable”, a-t-elle témoigné.

Son camarade Younoussa Abbosouka, a invité les Sénégalais à tenir compte de leur réalité avant d’implémenter lesdites solutions. Non sans être résilients car le résultat n’est pas immédiat.

Au Nigéria, par exemple, malgré les avancées, l’écueil réside dans la législation. L’avocate Aderonke Ige rappelle que la loi sur l’accès universel à l’eau n’est pas encore votée. Ni au Cameroun. Ce qui l’est, en revanche, au Kenya. “Cela devrait nous amener à des synergies pour réguler ces choses”, a-t-elle suggéré.

Présents dans l’assistance, des Sénégalais ont rapporté leurs mauvaises aventures avec les sociétés privées Sen’Eau, Aquatech, Flex’eau. Tout en prometant de mener la lutte au niveau national.

Source: Le Journal de Dakar